L'horreur de l'esclavage

Publié le par Tawayo

 Nous connaissons tous, ou croyons connaître, le Code Noir, promulgué en 1685 par Louis XIV pour réglementer l'esclavage des Noirs aux Antilles, aux Mascareignes, en Louisiane et en Guyane. La lecture de l'oeuvre de Louis Sala-Molins (dont la première parution remonte à 1987) oblige à une radicale remise en cause ; l'auteur présente, illustre et commente ce qu'il considère être « le texte juridique le plus monstrueux qu'aient produits les Temps modernes », sans rien omettre, ni des fondements, ni des essais de justification, ni de l'évolution menant à l'abolition définitive en 1848, ni même à cette occasion de l'extrême prudence des adversaires déclarés de l'esclavage (cf. à ce sujet la troisième partie : Le Code Noir à l'ombre des Lumières).

 

 Enfin — surtout ? — rien n'est dissimulé des circonstances, conditions et conséquences effectives de l'application, durant presque deux siècles, du Code Noir. Une chose en effet est de lire, l'un après l'autre, chacun des soixante articles qui le constituent, une autre est de prendre la mesure de l'effroyable insensibilité des exécutants et de l'infinie souffrance des victimes.

 

 Ici se dévoile la face sombre de l'eden insulaire.

 

 extrait

 

 Article 36. — Les vols de moutons, chèvres, cochons, volailles, cannes de sucre, pois, mil, manioc ou autres légumes faits par les esclaves, seront punis selon la qualité du vol, par les juges, qui pourront s'il y échet les condamner à être battus de verges par l'exécuteur de la haute justice, et marqués d'une fleur de lis.

 

 Commentaire de Louis Sala-Molins :

 

[...] C'est de la taille qu'on parle en cas de vol, c'est-à-dire de cette flagellation féroce qui entaillait profondément la peau et les chairs. A l'origine du système colonial le nombre de coups qu'on donnait n'était pas limité. On le fixa plus tard à 29. En vain, puisqu'on lit dans l'ordonnance [...] de 1786 qu'il « sera désormais interdit de donner plus de 50 coups ».

 

 [...]

 

Revenons à la taille ou flagellation. 29 coups ? 50 coups ? La jolie querelle. Le P. Labat a parfois des tendresses envers ses esclaves. Sauf quand il s'énerve. C'est lui-même qui raconte avoir fait donner une fois « environ trois cents coups de fouet » à un esclave, « qui l'écorchèrent depuis les épaules jusqu'aux genoux. Il criait comme un désespéré et nos nègres me demandaient grâce pour lui ». Puis le bon père le « fit mettre aux fers après l'avoir fait laver avec une pimentade, c'est-à-dire avec de la saumure dans laquelle a été écrasé du piment et des petits citrons. Cela cause une douleur horrible à ceux que le fouet a écorchés, mais c'est un remède assuré contre la gangrène qui ne manquerait pas de venir aux plaies ». Cela se passait à la veillée. Le jour venu, le saint homme fit reconduire l'esclave à son maître. Le maître « me remercie de la peine que je m'étais donnée » et fit encore fouetter son esclave « de la belle manière » [Labat, Nouveaux voyages aux îles de l'Amérique, (1722) t. 1, pp. 166-167].

Fopacroirkeucédemoi : http://jacbayle.club.fr/livres/Nouveau/Sala_Molins.html

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