Résumé des théories de Cheikh A. Diop.
Sur un fil de Grioo.com, un Grioonaute résume les théories de Chaikh Anta Diop, grand historien du peuple kémite...
(le fil en question)
OGOTEMMELI dit :
Paléoanthropologie
1) L’homme, homo sapiens sapiens, est apparu il y a environ 150 000 années sous les latitudes tropicales de l’Afrique. Il est né noir/nègre (avec la peau noire), en raison d'une loi scientifique dite de GLOGER selon laquelle l'organisme des animaux originaires de ces latitudes tropicales produit davantage de mélanine leur permettant d'y supporter l'intensité accrue des rayonnements solaires.
On peut en tirer quelque fierté, si l’on en a besoin. Mais il s’agit d’enregistrer un fait scientifiquement établi, notamment par les travaux de YVES COPENS et plus récemment ceux de PIERRE LUCA CAVALLI SFORZA. D’ailleurs, Cheikh Anta Diop en tire surtout des conséquences épistémologiques pour le renouvellement de l’historiographie africaine.
En effet, la chaîne d’hominisation africaine est la seule qui soit complète. C’est aussi la plus ancienne et la plus prolifique. Ailleurs on trouve des fossiles humains représentant des maillons épars d’une séquence d’hominisation incertaine.
Ainsi, pendant des millénaires, il n’y a eu d’hommes sur Terre que de noirs, nulle part ailleurs dans le monde qu’en Afrique.
Puis des colonies humaines émigrèrent dans les régions limitrophes de l’Afrique. Là où sont attestés les plus anciens fossiles humains après ceux de l’Afrique, c’est-à-dire en Europe méridionale et en Asie du sud-ouest.
Notons l’extrême cohérence de cette théorie (dite "out of Africa") : les fossiles humains sont d’autant plus anciens qu’ils se trouvent en Afrique ou près de l’Afrique. Tandis qu’ils sont d’autant plus récents qu’ils se trouvent loin de l’Afrique. A ma connaissance, aucun exemple contraire à cette règle de cohérence n’a été apporté à ce jour. Ce, malgré les moyens de recherche faramineux mis en œuvre hors d’Afrique, depuis tant de décennies.
Climatologie
La principale cause naturelle des premières migrations humaines consiste aux évolutions climatiques : en la succession de périodes pluvieuses et de sécheresses en Afrique, correspondant respectivement à des périodes de glaciation et de précipitation en Europe méridionale et en Asie du sud-ouest. Dans les premiers temps, l’homo sapiens sapiens a suivi la disponibilité naturelle des ressources alimentaires (animales et végétales) au gré des conjonctures climatiques.
Mais les catalyseurs culturels de cette migration consistent en la maîtrise du feu, permettant de vivre dans des contrées froides, et l’invention de la navigation permettant de traverser de vastes étendues aquatiques.
L’on comprend que né en Afrique, l’homme y expérimente les plus anciennes techniques culturelles avant d’aller conquérir la planète, précisément grâce à elles. C’est ainsi que la fabrication d’outils (lithiques), la poterie, la sédentarisation, la domestication, l’agriculture, la cuisson, etc. sont attestées en Afrique et ses contrées limitrophes antérieurement à tout autre endroit du monde.
EGYPTOLOGIE
C’est le domaine le plus controversé, mais aussi où les contributions directes de CAD et ses épigones sont plus novatrices et décisives. Elles n’ont pas d’équivalent du côté des contradicteurs de l’école africaine.
La civilisation kamétienne est une civilisation négro-africaine :
- Par ses habitants : KAMET en égyptien ancien s’écrit avec comme racine le mot (KAM) pour dire noir, la marque du collectif ( trois traits verticaux) et le déterminatif figurant un homme et femme. L’ensemble de la graphie peut/doit s’entendre « une collectivité d’hommes et de femmes ayant ceci de caractéristique qu’ils sont noirs ». En d’autres termes les KAMETIOU se désignaient dans leur propre langue comme un peuple (une collectivité) de Nègres (noir/kam) ;
[Dans son « Histoire culturelle de l’Afrique noire » OSCAR PFOUMA analyse les occurrences du mot KM.T, et permet de valider linguistiquement l’interprétation ici proposée.]
- On peut mobiliser également du matériel iconographique et anthropométrique pour soutenir la négrité des Kamétiou. Mais, il me semble que CAD invoque ce type d’argument négativement : pour dire qu’à partir des mêmes documents ayant permis de postuler le caractère leucoderme, en tout cas non-nègre, des Kamétiou, il est possible de conclure au contraire à leur négrité. Que pour trancher cette affaire, il faudrait convenir d’un protocole de recherche sur le taux de mélanine des fossiles humains disponibles et couvrant toutes les périodes de la civilisation kamétique. Faute de quoi, ce type d’arguments qui ne suffit pas en-soi doit être complété par d’autres, notamment linguistiques et socio-culturels.
- Par la langue : « Toute langue est l’archive première, la boîte noire d’une civilisation et de son histoire » [Alain ANSELIN, La cruche et le Tilapia, éd. de l’UNIRAG, 1995, P19.]
L’argument linguistique comporte deux temps forts. D’abord démonstration est faite que le Kamétique n’est pas une langue sémitique, encore moins afro-asiatique (puisque l’Afro-asiatique n’a aucune réalité scientifiquement démontrable).
Ensuite, la parenté génétique du Kamétique (égyptien ancien) avec les langues négro-africaines contemporaines est positivement établie, grâce aux travaux de CAD et Théophile OBENGA. Il en résulte que les langues négro-africaines contemporaines et le Kamétique ont un ancêtre linguistique commun dont la matrice théorique a été reconstituée par OBENGA qui l’a baptisée « NEGRO-EGYPTIEN ».
D’autres contributions remarquables ont été apportées à cet argument linguistique, notamment par Alain ANSELIN qui ouvre un autre front sur l’africanité de l’écriture kamétique, le MEDU NETJER : « Il est clair que l’absence répétée des paires d’homophones nécessaires à l’établissement du code hiéroglyphique dans une famille de langues donnée rend difficile d’affirmer que cet univers linguistique puisse rendre compte de l’élaboration de l’écriture hiéroglyphique […] Le paradigme africain, doté d’un pouvoir explicatif plus grand, invalide pour cette raison le paradigme sémitique devenu « classique », fondé sur l’induction que les égyptiens « devaient » être « sémites », dans le cadre réducteur du « chamito-sémitisme » » [Alain ANSELIN, L’oreille et la cuisse, éd. TYANABA, 1999 ; P.9]
- Par la culture matérielle : les plus vieux ustensiles et techniques de chasse, pêche, agriculture attestés à KAMET sont similaires à ceux connus dans les autres régions de l’Afrique. De même que les différentes coiffures et leurs significations, les cannes et sceptres royaux. [les travaux d’ABOUBACRY MOUSSA LAM sont particulièrement décisifs pour cet aspect de la recherche]
- Par la culture spirituelle
La comparaison des cosmogonies kamétiques avec les cosmogonies africaines contemporaines (Dogon, Ashanti, Yorouba, etc.) montre une similitude radicale qui n’a rien de fortuit, mais témoigne d’une profonde intimité culturelle.
- Par les institutions et pratiques politiques
L’institution politique dite de « la royauté sacrée » (Luc DE HEUSCH, Michel IZARD) est attestée à Kemet et ailleurs en Afrique ; exclusivement à toute autre contrée du monde.
Toutefois, il faut bien voir que la préoccupation de DIOP consiste à connaître profondément l’histoire de l’Afrique en vue d’en tirer les enseignements utiles pour son avenir. Il ne s’agit donc pas de s’enorgueillir puérilement de quelque passé glorieux, mais de bien connaître où l’on vient pour mieux comprendre où l’on va. Pour autant, il n’y a pas non plus à rougir de ce que l’histoire de l’Afrique aie été aussi foisonnante, prolifique et somptueuse ; contrairement à ce qui a été prétendu pendant si longtemps (et continue encore d’être instillé…).
En général, nombre de gens ne s’intéressent à l’histoire que pour elle-même. Or ce que préconise DIOP, c’est de s’instruire de l’histoire africaine afin de mieux construire l’avenir de l’Afrique, compte tenu d’un contexte contemporain si calamiteux à tous points de vue. D’où sa remarquable prospective politique dans « Les fondements économiques et culturels d’un Etat fédéral d’Afrique noire » éd. PRESENCE AFRICAINE, 1960.
(le fil en question)
OGOTEMMELI dit :
Paléoanthropologie
1) L’homme, homo sapiens sapiens, est apparu il y a environ 150 000 années sous les latitudes tropicales de l’Afrique. Il est né noir/nègre (avec la peau noire), en raison d'une loi scientifique dite de GLOGER selon laquelle l'organisme des animaux originaires de ces latitudes tropicales produit davantage de mélanine leur permettant d'y supporter l'intensité accrue des rayonnements solaires.
On peut en tirer quelque fierté, si l’on en a besoin. Mais il s’agit d’enregistrer un fait scientifiquement établi, notamment par les travaux de YVES COPENS et plus récemment ceux de PIERRE LUCA CAVALLI SFORZA. D’ailleurs, Cheikh Anta Diop en tire surtout des conséquences épistémologiques pour le renouvellement de l’historiographie africaine.
En effet, la chaîne d’hominisation africaine est la seule qui soit complète. C’est aussi la plus ancienne et la plus prolifique. Ailleurs on trouve des fossiles humains représentant des maillons épars d’une séquence d’hominisation incertaine.
Ainsi, pendant des millénaires, il n’y a eu d’hommes sur Terre que de noirs, nulle part ailleurs dans le monde qu’en Afrique.
Puis des colonies humaines émigrèrent dans les régions limitrophes de l’Afrique. Là où sont attestés les plus anciens fossiles humains après ceux de l’Afrique, c’est-à-dire en Europe méridionale et en Asie du sud-ouest.
Notons l’extrême cohérence de cette théorie (dite "out of Africa") : les fossiles humains sont d’autant plus anciens qu’ils se trouvent en Afrique ou près de l’Afrique. Tandis qu’ils sont d’autant plus récents qu’ils se trouvent loin de l’Afrique. A ma connaissance, aucun exemple contraire à cette règle de cohérence n’a été apporté à ce jour. Ce, malgré les moyens de recherche faramineux mis en œuvre hors d’Afrique, depuis tant de décennies.
Climatologie
La principale cause naturelle des premières migrations humaines consiste aux évolutions climatiques : en la succession de périodes pluvieuses et de sécheresses en Afrique, correspondant respectivement à des périodes de glaciation et de précipitation en Europe méridionale et en Asie du sud-ouest. Dans les premiers temps, l’homo sapiens sapiens a suivi la disponibilité naturelle des ressources alimentaires (animales et végétales) au gré des conjonctures climatiques.
Mais les catalyseurs culturels de cette migration consistent en la maîtrise du feu, permettant de vivre dans des contrées froides, et l’invention de la navigation permettant de traverser de vastes étendues aquatiques.
L’on comprend que né en Afrique, l’homme y expérimente les plus anciennes techniques culturelles avant d’aller conquérir la planète, précisément grâce à elles. C’est ainsi que la fabrication d’outils (lithiques), la poterie, la sédentarisation, la domestication, l’agriculture, la cuisson, etc. sont attestées en Afrique et ses contrées limitrophes antérieurement à tout autre endroit du monde.
EGYPTOLOGIE
C’est le domaine le plus controversé, mais aussi où les contributions directes de CAD et ses épigones sont plus novatrices et décisives. Elles n’ont pas d’équivalent du côté des contradicteurs de l’école africaine.
La civilisation kamétienne est une civilisation négro-africaine :
- Par ses habitants : KAMET en égyptien ancien s’écrit avec comme racine le mot (KAM) pour dire noir, la marque du collectif ( trois traits verticaux) et le déterminatif figurant un homme et femme. L’ensemble de la graphie peut/doit s’entendre « une collectivité d’hommes et de femmes ayant ceci de caractéristique qu’ils sont noirs ». En d’autres termes les KAMETIOU se désignaient dans leur propre langue comme un peuple (une collectivité) de Nègres (noir/kam) ;
[Dans son « Histoire culturelle de l’Afrique noire » OSCAR PFOUMA analyse les occurrences du mot KM.T, et permet de valider linguistiquement l’interprétation ici proposée.]
- On peut mobiliser également du matériel iconographique et anthropométrique pour soutenir la négrité des Kamétiou. Mais, il me semble que CAD invoque ce type d’argument négativement : pour dire qu’à partir des mêmes documents ayant permis de postuler le caractère leucoderme, en tout cas non-nègre, des Kamétiou, il est possible de conclure au contraire à leur négrité. Que pour trancher cette affaire, il faudrait convenir d’un protocole de recherche sur le taux de mélanine des fossiles humains disponibles et couvrant toutes les périodes de la civilisation kamétique. Faute de quoi, ce type d’arguments qui ne suffit pas en-soi doit être complété par d’autres, notamment linguistiques et socio-culturels.
- Par la langue : « Toute langue est l’archive première, la boîte noire d’une civilisation et de son histoire » [Alain ANSELIN, La cruche et le Tilapia, éd. de l’UNIRAG, 1995, P19.]
L’argument linguistique comporte deux temps forts. D’abord démonstration est faite que le Kamétique n’est pas une langue sémitique, encore moins afro-asiatique (puisque l’Afro-asiatique n’a aucune réalité scientifiquement démontrable).
Ensuite, la parenté génétique du Kamétique (égyptien ancien) avec les langues négro-africaines contemporaines est positivement établie, grâce aux travaux de CAD et Théophile OBENGA. Il en résulte que les langues négro-africaines contemporaines et le Kamétique ont un ancêtre linguistique commun dont la matrice théorique a été reconstituée par OBENGA qui l’a baptisée « NEGRO-EGYPTIEN ».
D’autres contributions remarquables ont été apportées à cet argument linguistique, notamment par Alain ANSELIN qui ouvre un autre front sur l’africanité de l’écriture kamétique, le MEDU NETJER : « Il est clair que l’absence répétée des paires d’homophones nécessaires à l’établissement du code hiéroglyphique dans une famille de langues donnée rend difficile d’affirmer que cet univers linguistique puisse rendre compte de l’élaboration de l’écriture hiéroglyphique […] Le paradigme africain, doté d’un pouvoir explicatif plus grand, invalide pour cette raison le paradigme sémitique devenu « classique », fondé sur l’induction que les égyptiens « devaient » être « sémites », dans le cadre réducteur du « chamito-sémitisme » » [Alain ANSELIN, L’oreille et la cuisse, éd. TYANABA, 1999 ; P.9]
- Par la culture matérielle : les plus vieux ustensiles et techniques de chasse, pêche, agriculture attestés à KAMET sont similaires à ceux connus dans les autres régions de l’Afrique. De même que les différentes coiffures et leurs significations, les cannes et sceptres royaux. [les travaux d’ABOUBACRY MOUSSA LAM sont particulièrement décisifs pour cet aspect de la recherche]
- Par la culture spirituelle
La comparaison des cosmogonies kamétiques avec les cosmogonies africaines contemporaines (Dogon, Ashanti, Yorouba, etc.) montre une similitude radicale qui n’a rien de fortuit, mais témoigne d’une profonde intimité culturelle.
- Par les institutions et pratiques politiques
L’institution politique dite de « la royauté sacrée » (Luc DE HEUSCH, Michel IZARD) est attestée à Kemet et ailleurs en Afrique ; exclusivement à toute autre contrée du monde.
Toutefois, il faut bien voir que la préoccupation de DIOP consiste à connaître profondément l’histoire de l’Afrique en vue d’en tirer les enseignements utiles pour son avenir. Il ne s’agit donc pas de s’enorgueillir puérilement de quelque passé glorieux, mais de bien connaître où l’on vient pour mieux comprendre où l’on va. Pour autant, il n’y a pas non plus à rougir de ce que l’histoire de l’Afrique aie été aussi foisonnante, prolifique et somptueuse ; contrairement à ce qui a été prétendu pendant si longtemps (et continue encore d’être instillé…).
En général, nombre de gens ne s’intéressent à l’histoire que pour elle-même. Or ce que préconise DIOP, c’est de s’instruire de l’histoire africaine afin de mieux construire l’avenir de l’Afrique, compte tenu d’un contexte contemporain si calamiteux à tous points de vue. D’où sa remarquable prospective politique dans « Les fondements économiques et culturels d’un Etat fédéral d’Afrique noire » éd. PRESENCE AFRICAINE, 1960.
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